Structurer l’entraide
pour commencer, assembler les ressources disponibles
Émancipation : processus de libération d’une situation de dépendance ou d’oppression. (Re)gagner son autonomie et son pouvoir d’agir.
Il y a deux semaines, j’ai publié résistance & regénération, mon texte le plus engagé à ce jour.
Pendant plus de deux ans, j’ai tourné autour de ce projet et ce texte, sans oser le sortir. J’avais peur de cliver, de braquer, d’être maladroit, illégitime peut-être. Et puis, la trouille au ventre et le courage des choses qui comptent, je l’ai posté.
Et puis vous avez répondu, par des messages qui lèvent le silence, qui m’ont fait frissonner de sentir comme cet engagement est nécessaire, juste, vivant. Que je ne suis pas seul à cet endroit. Merci pour votre soutien !
Une copaine de promo, dans un burn-out violent, m’a écrit :


“Hello copain, j’ai lu ton manifeste. Je voulais te dire que j’ai été très touché par tes mots. Je suis tellement d’accord avec toi et je pense avoir totalement traversé toutes les étapes que tu décris très bien. Passion, études, investissement, burn-out, dépit, retrait. (…) Tu n’es pas seul, au contraire. Personnellement, je me sens très chanceuse de t’avoir dans mon entourage. Tu as le courage de porter ta voix, de te rébucher, de t’excuser, de rebondir plus fort. Tu mets ton énergie au bon endroit et je te soutiens.”
Victor m’a écrit : « t’es balèze, ça fait plaisir d’avoir des copains intelligents et sainement enragés. Tu peux compter sur mon soutien de Sancho Panza. » L’écuyer fidèle de Don Quichotte, qui n’est plus seul à courir derrière les moulins - arigato 🙏
« Il ne faut pas être dépendant du collectif mais s’en servir comme un outil élaboré. Défendre la solitude comme un moyen d’inspirer la pensée. […] Ne pas avoir peur de se retrouver face à une feuille blanche, mais la saisir comme une occasion de mieux se connaître. Ce cheminement rend alors toutes ses classes à la pratique collective […] » (Vincent)
Il a raison. Avant le « nous », il y a le « je » qui se reprend en main ; c’est d’ailleurs ça qui me permet d’écrire. Alors l’entraide, ça commence donc par arrêter de poursuivre une carrière pseudo-médiocre, ou la quête d’un Pritzker chimérique qui justifie nos sacrifices. C’est se choisir soi, se relever doucement en cultivant les bourgeons de ce qu’on veut faire, vraiment. L’audace de s’écouter, de dire oui à ça. La vie passe trop vite pour ne pas le tenter. Et prendre ses peurs dans ses bras, et tendre ses mains, vulnérable.
Ce chemin pour sortir la tête de l’eau m’a pris 6 ans (et je suis pas complètement sorti d’affaire !). Et c’est lent, patient. Comme un jardin qu’on cultive. Personnellement, je suis persuadé qu’ensemble, on peut en prendre soin beaucoup, beaucoup mieux. Et beaucoup plus vite.
C’est pas compliqué : il n’y a rien qui existe à ce jour qui va en ce sens pour notre profession. Alors inventons-le, brique par brique.
Il n’y a pas d’aide à attendre. À part soi, à part nous.
LA PERSPECTIVE C’est bien beau Jamy, mais pour aller où, cette histoire ?
Il va de soi que chacun.e est d’abord mû par son désir propre, mais peut-on tout de même nous accorder sur des valeurs et des pratiques qui nous fédèrent, une direction commune et des moyens qui nous donnent envie de dire un grand OUI ?
Architecture d’écologie politique, c’est une proposition (en construction avec vous) de faire émerger des pratiques de transformation de nos structures sociales en crise, pour les réagencer à des échelles locales, décentralisées, souveraines, conviviales. Pour y parvenir, commençons par faire évoluer et construire nos propres structures d’émancipation, d’entraide, inclusives, de soin, respectueuses des individus.
Car on ne peut pas réparer les infrastructures du commun sans une infrastructure d’émancipation qui tient la route. Comment on sort la tête de l’eau ? En mutualisant nos ressources, en s’accompagnant entre pairs pour faire face aux difficultés d’un métier solitaire et complexe, en mettant nos énergies en commun dans une direction désirable, avec des moyens qui incarnent nos valeurs ?
Voilà comment on s’entraide à sortir la tête de l’eau. C’est la condition pour commencer à parler du reste.
C’est de là qu’on part.
Le mois qui vient - invitation à construire les fondations de notre infrastructure d’entraide
De quoi a-t-on besoin pour sortir la tête de l’eau, à l’échelle M du collectif ? Chaque fil-projet a son courriel dédié. Quatre emails au rythme hebdo pour ce mois de lancement.
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De structurer les ressources d’entraide déjà disponibles : qui dois-je contacter quand j’ai tel besoin ? Syndicats, assurances, ordres, associations, ressources juridiques, techniques, administratives… visibiliser ce qui est déjà existant => la proposition d’aujourd’hui, une carte participative et interactive du réseau d’entraide existant (voir plus bas) (1). À terme, la proposition de présenter un nouveau bureau de l’association APB avec un mode de gouvernance partagée (2), et pouvoir diffuser cet outil de coopération à une échelle XL (écoles, syndicats, maf, OA) (3), et obtenir leur soutien, les rencontrer.
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De mentorat ; s’entraider, de pair à pair. On a tous des besoins et des compétences, des choses à demander autant qu’à transmettre à autrui. Pas besoin de formation, juste de présence, de partage d’expérience, d’aider et d’être aidé sur le problème du moment. => proposition : on commence par un groupe Telegram (1), puis à nourrir une petite « app de rencontre » du réseau AEP, permettant de matcher les besoins et les compétences de chacun.e en fonction de notre élan (2), et proposer cette infra pour répondre au projet d’annuaire des alumnis de l’ENSAPB (ENSAPB : École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville), doté d’une enveloppe de moins de 10 k€ (en cours de discussion actuellement avec l’ENSA) (3)
Petit interlude - je vous parlerai aussi d’usage d’IA : quelles marges de manœuvre pour un usage soutenable, au service de l’émancipation, de la construction d’outils numériques communautaires et de l’évolution de nos pratiques.
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De diffuser nos travaux, nos pratiques engagées : c’est à moyen terme notre meilleur outil de visibilité collective. Certain.es ont fait des travaux remarquables, parviennent même à les publier, mais tendent à se noyer dans le bruit et à faire bien peu d’écho. Soutenons-nous les uns les autres à faire éclore nos propositions pour la société, à publier des travaux réalisés ou de recherche. Donner des idées et des preuves à une société qui a soif de faire des pas de côté. => proposition : mettre en commun nos travaux dans une base de données vectorielle (1), épaulée par une bibliothèque de références critiques également interrogeables (2), pour publier la diversité de contenus que l’on souhaite, soutenus par la richesse de ces projets et pensées critiques (3) : des posts, des articles, un manifeste collectif, une théorie, des expos, podcast / en parler à la radio… Communiquer pour trouver des alliés et concrétiser ces projets sur leurs terrains.
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De se former : sortir la tête de l’eau implique de se remettre en question, d’évoluer, s’adapter, se former, changer ses manières de faire, créer ses outils, adapter sa pratique. => proposition : créons notre propre formation, assemblons nos connaissances, et proposons-la à nos pairs (1), aux étudiants pour compléter la formation qui nous a manqué, créer la jonction entre les études et la pratique avec le fonds de financement (2). Et si l’élan nous le permet, proposons un programme pour l’incubateur de Paris Belleville, doté de 50 k€ à cet effet mais à l’arrêt depuis 2 ans (3).

Ces projets prennent du temps, des budgets, des négociations politiques. En attendant, la première chose qu’on peut faire ensemble, c’est s’organiser. C’est ce qu’on lance ce mois-ci.
Et concrètement, dès cette semaine : un outil que tu peux utiliser seul, pour toi, sans rien attendre de personne.
La première brique
Toi et moi, on fait l’un des métiers les plus complexes qui soit ; droit, technique, esthétique, économie, social, écologie, tout en même temps, souvent sans filet. Et paradoxalement, l’une des professions les moins structurées sur l’entraide : peu de transmission horizontale, beaucoup d’isolement, une culture du chacun-pour-soi héritée d’une formation qui prépare à la compétition plus qu’à la coopération. On sort de l’école seul·e. On s’installe seul·e. On réinvente ce que d’autres ont déjà traversé.
Cette carto, elle est d’abord pour toi. Le jour où un client t’attaque, où un associé te lâche, où tu craques sur un chantier et tu sais plus qui appeler ; tu auras où chercher. C’est un filet qu’on tisse maintenant pour ne pas le chercher en panique le moment venu.
Une carto participative est en ligne : aep.trans-former.fr.
Une centaine de fiches pour commencer - institutions, associations, syndicats, ressources juridiques, lieux d’écoute, espaces où on a pu se sentir tenu·e dans des moments durs.
Pour l’instant, c’est moi qui ai posé les premières fiches. C’est exactement pour ça qu’on a besoin de tes pépites : ce que tu as trouvé en chemin et qui a marché, ce que tu signalerais à un·e plus jeune qui galère.
Tu peux ajouter ce que tu as trouvé en chemin, ou commenter les fiches déjà publiées : si l’accueil a été bon, si tu recommandes ou pas. Le commun se construit à plusieurs, et il s’ajuste au fur et à mesure.
Pas un catalogue figé : un commun vivant, au service de celles et ceux qui cherchent à faire évoluer leur pratique vers quelque chose de plus épanouissant, mieux rémunéré, au service de la société, et qui prend soin de la santé, la nôtre et celle des gens pour qui nous construisons.
L’idée est simple : le jour où tu as un problème - juridique, employeur, mal-être, isolement, tu sais pas où chercher dans cette jungle -, tu tapes ton besoin dans la barre de recherche, et la carte te renvoie ce qui existe déjà. On est très mal informés. Avant de créer plus, organisons d’abord ce qui est déjà là.
Et c’est à compléter, et on peut le faire ensemble (c’est plus sympa) ; je vous propose un rdv ce mardi 28/04 en visio de 19h à 20h30. Tes ressources, tes lieux, tes assos, ce qui t’a aidé. Le réseau dans le réseau.
Pour celleux avec qui ça résonne - on en parle mardi soir, de vive voix.
✊
Quatre portes d’entrée
Le rendez-vous du mois
Mardi 28/04, 19h-20h30, en visio. On remplit la carto ensemble. Tu repars avec : ta région cartographiée, 2-3 personnes du réseau croisées, et un outil ressortable le jour où ça brûle. 1h30, pas plus.
Et trois autres portes selon ton envie :
- Voir ce qui existe déjà près de chez toi : aep.trans-former.fr (ouvre, regarde, referme ; zéro engagement)
- Suivre le mouvement : abonnement à l’infolettre
- Te joindre au groupe Telegram
Et un présentiel
Mardi 5 mai, 18h30, à l’ENSAPB. RDV présentiel ; on prend un temps long pour parler besoins, envies, et fabriquer ensemble la V1 d’un annuaire alumni utile. Visio le 6 mai pour celles et ceux qui ne peuvent pas être à Paris.
Coulisses
La semaine dernière j’ai aussi publié ma première vidéo Instagram, un retour sur les réseaux après plusieurs années d’absence, vu la situation problématique du monde qui semble se déliter de toutes parts. Cette vidéo a été assez maladroite, j’étais stressé, je l’ai tournée en lisant ce que j’avais écrit alors que je connais le sujet par cœur. Et pourtant elle a fait 3 000 vues ; le compte a été vu par 16 000 personnes. J’ai été touché de voir que le sujet peut autant résonner. Ce chemin d’engagement est assez solitaire, et voir que ça résonne, ça donne vraiment du sens. Merci pour vos retours, vos messages, votre soutien.
PS - Avant de fermer cette page : qu’est-ce qui te coince TOI en ce moment dans ta pratique ? De quoi tu aurais besoin ? Et qu’est-ce que tu pourrais offrir à la communauté ? Le premier pas, c’est déjà d’identifier ton propre besoin. Tu peux l’écrire en réponse à l’infolettre, ou par Telegram, ou même me joindre via la cartographie. Comme tu préfères.
Et pour celles et ceux qui trouvent que ça fait beaucoup soudainement, je vous invite à vous écouter, à apprendre ce qui est juste pour vous. J’ai préparé cette rampe de lancement depuis longtemps ; j’espère qu’elle sera douce. Vous pouvez vous joindre pleinement, juste soutenir, ou juste lire ces textes. C’est déjà super. Merci d’être là.