Manifeste

Architecture d'Ecologie Politique

Un commun vivant pour bifurquer ; ensemble, lentement, par accumulation de petits gestes situes.

Un quart des architectes vivent sous le seuil de pauvrete. La moitie de nos heures, non facturees. Nos cotisations, parmi les plus lourdes des professions reglementees. Et le secteur du batiment, a lui seul, pese 34% des emissions mondiales de gaz a effet de serre.

Quelque chose s'est rompu ; pas dans nos vies, dans les cadres qui les contiennent.

Notre profession ne traverse pas une simple crise. Elle reflete l'effondrement d'un monde qui confond performance et destruction, signature et silence, expertise et soumission.


Ce que nous voyons.

A l'echelle du metier, une profession structurellement sous l'eau, qui absorbe les tensions d'un systeme extractiviste ; et porte la responsabilite quand d'autres captent la valeur.

A l'echelle des corps, une culture qui rend l'exploitation desirable : metier-passion, modele starchitecte, isolement liberal, moteur critique delegitimant. Nous tenons. Nous payons.

A l'echelle du monde, l'effondrement ecologique et social qui avance, pendant que notre voix s'efface du debat public. Notre silence le sert.


Ce que nous refusons.

Nous ne signerons plus pour des projets qui detruisent.
Nous n'isolerons plus celles et ceux qui doutent.
Nous ne porterons plus seul-es ce qui doit se penser, se faire ; et se soigner ; ensemble.


Et pourtant, quelque chose tient.

Pas l'espoir naif, ni la promesse heroique. Quelque chose de plus humble : la fatigue commune reconnue, et l'envie qui revient de ne plus economiser sa vie.


Ce que nous tentons.

Partager. Nos parcours, nos doutes, nos bifurcations. Se former les un-es les autres. Se tendre la main. Documenter ce qui marche, ce qui rate. Le personnel devient politique quand il se met en commun.

Construire. L'infrastructure collective qui nous a manque. Cartes d'entraide, communs documentes, gouvernance horizontale, financement transparent, infra souveraine. Architecture d'Ecologie Politique : un commun vivant, ouvert, bioregional, ancre.

Pratiquer une medecine du corps social. Diagnostiquer les infrastructures qui defaillent ; l'education, la justice, la securite, l'energie, la sante, le logement, l'agriculture. Proposer des reconfigurations situees, territoire par territoire. Reprendre le pouvoir par la base. Ecrire, lentement, un nouveau contrat social.

Commencer par les marges. La ou le corps social souffre le plus, la ou il est le plus pret a changer. Ne pas decider a la place ; faire emerger. Transparence totale, sur le process et sur l'argent. Tendresse militante : la lucidite sans le mepris, l'engagement sans la durete.


Architectes, allie-es, habitant-es.

Nous avons un travail a faire ensemble. Lentement, patiemment, par accumulation de petits gestes situes. Pas pour fuir ; pour bifurquer.

Nos metiers sont des medecines. Reprenons-en le pouls ; a mains nues, ensemble.

Les mouvements

Manifeste lu. J'achete la version papier, tranquille.

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